Paul Gillon et la couleur, c'est tout un programme.
Je vous avais déjà présenté ici Jérémie en janvier 2020 à propos du noir et blanc et de la couleur chez Gillon.
Je reprends un autre exemple tiré de "Jérémie" ou "Jérémie dans les îles" selon les éditeurs où il est question de mise en couleurs différentes pour les mêmes histoires. Elles mêmes parues à l'origine en noir et blanc dans "Pif gadget" de 1968 à 1973.
En 1973, un premier album des aventures de Jérémie voit le jour chez Dargaud et il est en couleurs. Il est titré "Jérémie - Les Dieux barbares" et la mise en couleurs, plutôt pâles, laisse vivre le trait élégant du noir et blanc originel. Ce premier album regroupe deux histoires de 20 pages de Jérémie parues en 1971 dans PIF sous les titres : "L'ïle mystérieuse" et "Les flibustiers".
Un deuxième album de Jérémie sortira lui aussi chez Dargaud l'année suivante : "La mijaurée, la mégère et le nabot", il regroupe les histoires : "Dame Cocquemard" et "Les négriers" de 1972.
En 1977, Paul Gillon qui publiait dans le quotidien France-Soir "Les Naufragés du temps", sur des scénarios de Jean-Claude Forest, de mai 1974 à novembre 1975, va se séparer de son scénariste pour continuer seul la série de science fiction chez un autre éditeur et ce sera dans Métal Hurlant chez "Les Humanoïdes Associés".
Ce sont ces mêmes Humanoïdes qui vont reprendre l'édition en albums des "Naufragés du temps" ainsi que ceux des aventures de "Jérémie dans les îles" de 1979 à 1982. 1982 étant en quelque sorte la consécration officielle de Gillon dans le monde de la BD puisqu'il sera sacré Grand Prix Alfred 82 à Angoulême.
Dans un premier temps, Les Humanoïdes sortent en album la suite des histoires de "Jérémie" que n'avait pas publié Dargaud : "Intrigues à la Jamaïque" et "Le Fort de San-Juan" avant de reprendre les anciens albums Dargaud "Les Dieux barbares" et "La mijaurée..." avec une toute nouvelle mise en couleurs qui n'est pas sans rappeler celle des "Naufragés du temps" avec des tons plus sombres et des contrastes moins tranchés que les couleurs Dargaud. A noter que Jérémie est très blond chez Dargaud, beaucoup plus brun ou chatain chez les Humanos.
Qu'est-ce que la mise en couleurs apporte ou retire aux histoires de Jérémie ?
"Les Dieux barbares" sont sortis en 1981, chez les Humanoïdes et c'est cet album que je juxtapose à celui de Dargaud.
A gauche donc l'édition Dargaud de 73 et à droite celle des Humanoïdes Associés de 81.